Ils se souviennent d’une émulation générale. Il y a deux ans, une trentaine
de patients du Normandy, centre de médecine physique et de réadaptation
de Granville (Manche), rejoignaient Paris au terme d’un périple
de 550 km à vélo adapté. L’émotion était vive, dans le contexte des
jeux paralympiques de 2024. Des écrans géants avaient été installés au
centre de réadaptation. On était suivis en direct, se souvient Luc Le
Brun, 65 ans.

Accompagnés par des salariés bénévoles du Normandy, les patients ont
pu compléter, par groupe de cinq par étapes, les 550 km qui séparaient
la ligne de départ de la capitale. Lorsqu’il a eu vent du nouveau challenge
organisé, cette année, par le Normandy – réaliser une boucle de
570 kilomètres, de Granville au Mont-Saint-Michel, à travers l’ex Basse-
Normandie – Jérémie Louiset a postulé sans hésiter. C’est une chance de
sortir de mon quotidien répétitif, rythmé par les rendez-vous médicaux,
explique celui dont un côté du corps a été paralysé à la suite d’un AVC.

Intégrer le handicap à sa vie

Jérémie s’est surpris, il y a deux ans, en complétant une étape du défi
Granville – Paris au volant de son tandem avec assistance électrique. En
montant pour la première fois sur un vélo adapté, il découvrait un nouveau
moyen de se dépasser. Les gens n’osent pas, pensent que ce n’est
pas pour eux. Ce challenge est fait pour montrer aux personnes handicapées
qu’elles sont capables de faire des choses malgré leur pathologie,
confirme Luc Le Brun, patient qui soufflait, il y a deux ans, l’idée du
challenge aux oreilles du Normandy.

Il y a quatre ans, Luc était victime d’un accident dans lequel il a perdu
son bras droit et sa jambe gauche. Amputé au-dessus du genou, il porte
une prothèse mécanique qui lui permet de marcher. Il ne faut pas
mettre le handicap de côté, il faut l’intégrer à sa vie. Sur son tricycle
adapté, il s’applique cette philosophie. Sa prothèse fémorale fixée sur les
pédales, il avance grâce à sa jambe droite. De sa prothèse de main
droite, il serre le guidon et utilise, lorsque la côte se fait raide, son bras
gauche pour tirer sa jambe fonctionnelle. Ce n’est pas évident, on
n’imagine pas la difficulté que cela peut représenter lorsqu’on est valide.

Retrouver son indépendance

À l’image de Luc, qui participera à cette nouvelle édition avec son
propre matériel, ils sont plusieurs à s’être équipés après avoir participé
au challenge de 2024. Atteint d’une ataxie dégénérative, François Robine,
71 ans, a trouvé dans le vélo adapté un moyen de retrouver une
partie de son indépendance. Je suis plus libre, je ne dépends plus uniquement
de ma femme pour me déplacer. À chaque éclaircie, enfile ses
écouteurs, lance sa musique et file en direction des pistes cyclables à
côté de chez lui.

Les patients le savent déjà, ce nouveau défi du Normandy ne fait que
confirmer leur envie de faire bouger les lignes. Avant de rouler seul jusqu’à
Étretat pour Jérémie, de faire le tour de la Hollande à vélo pour
François et de traverser l’Europe à vélo pour Luc, ils seront tous les trois
en première ligne, du 5 au 12 septembre 2026, pour rouler à travers la
Manche aux côtés du personnel du Normandy.

Jérémie Louiset (à gauche) a participé à une étape du défi Granville – Paris organisé
par le Normandy en 2024 à bord d’un tandem avec assistance électrique.
Jérémie Louiset (à gauche) a participé à une étape du défi Granville – Paris
organisé par le Normandy en 2024 à bord d’un tandem avec assistance
électrique.

Ouest-France

par Juliette Crescione